
E M'EDITO
DU DOCTEUR MEDITASBientôt Noël et les fêtes de fin d'année. Toujours pas de neige, mais les guirlandes dégoulinent du ciel. Je n'oserai pas vous parler de la soucoupe volante multicolore qui a atterri devant notre immeuble tant elle semble ridicule. Il paraît que c'est une décoration lumineuse ; elle me semble surtout destinée à baliser le parcours vers le nouveau centre commercial : Noël, fête de la consommation. Hier j'ai fait une expérience singulière, je me suis rendu dans une grande surface de jouets pour enfants. J'y ai vu les rayons débordants de cadeaux, les parents et grands-parents cherchant le dernier article à la mode, les vendeuses fatiguées par le brouhaha impatient des enfants. Je n'ai pas trouvé ce que je cherchais et en sortant sur le parking j'ai croisé un père excédé par son petit garçon. Celui-ci n'avait sans doute pas obtenu le joujou de ses rêves et il manifestait bruyamment son mécontentement. Le père en colère, à court de mots, a frappé son fils d'une façon qui m'a fait frémir. Fallait-il que j'intervienne face à cette violence banale ?
Pourquoi évoquer cela aujourd'hui ? Parce que je viens de terminer le dernier livre (1) de Boris Cyrulnik : "Quand un enfant se donne la mort". Question tabou entre toutes : pourquoi un enfant de moins de douze ans se donne-t-il la mort ? Cette interrogation est tellement insupportable pour les parents, pour la famille, pour la société que pendant longtemps elle a été occultée.
Cette réalité est cependant loin d'être exceptionnelle : en France elle concerne 0,4 enfant pour mille. 10% des enfants scolarisés disent avoir pensé au suicide. Les statistiques sont cependant très délicates à obtenir et sans doute un certain nombre d'accidents sont-ils en réalité des suicides. C'est environ à partir de huit ans environ que l'enfant comprend que la mort est irréversible et même quand il est plus grand son discours est souvent ambigu : "Je me suiciderais bien, mais après j'ai peur de le regretter", "Je voulais que ma vie change, pas qu'elle s'arrête". Le jeune enfant agit de façon impulsive et rien dans les minutes qui précédent ne laissait supposer un passage à l'acte. Ceci est une source d'interrogations sans fin pour les parents et l'entourage : "Mais … pourquoi ???".
Boris Cyrulnik parle de crise suicidaire : "Il est nécessaire de sortir de la vision du bouc émissaire : c'est la faute des parents, de la société, du professeur… en réalité c'est une constellation de déterminants qui pousse l'enfant à l'acte". La génétique joue bien sûr un rôle, il existe des familles de suicidaires et certains enfants sont plus fragiles car ils sont génétiquement de "petits transporteurs" de sérotonine, ce neurotransmetteur qui joue un rôle fondamental dans l'humeur. Cela n'est cependant pas une fatalité et il faut le dire aux familles : un "petit transporteur" sécurisé par son entourage n'a pas plus de risque de suicide qu'un "gros transporteur". Le stress maternel durant la grossesse et au cours du développement précoce de l'enfant (isolement affectif, violence entre parents ou dans la fratrie) peut entraîner une hypersensibilité émotionnelle. Le développement du cerveau frontal est alors moins riche en connexions neuronales et cela provoque une moindre régulation des émotions. Le mode de vie que nous avons adopté joue également un rôle : nous privilégions le développement corporel et intellectuel au détriment de la construction d'un monde sécurisant pour l'enfant. 30% des enfants sont insécures, ils souffrent moins matériellement, mais pensent plus à la mort. "La dilution du lien est plus souvent provoquée par nos progrès techniques que par une défaillance parentale… les enfants, gardés par un réfrigérateur et la télévision sont reliées au monde affectif grâce à un téléphone portable".
Devant une question aussi douloureuse et si complexe les propositions de Boris Cyrulnik ne sont ni simplistes ni stigmatisantes. Il n'y a pas un responsable et nous avons tous la possibilité d'un rôle de prévention.
Oser en parler et dire qu'il n'y a là aucune fatalité ; favoriser les actions dans le domaine de la protection de la petite enfance ; former les soignants, les enseignants et chacun d'entre nous à repérer les enfants en souffrance ; privilégier le développement sécure des enfants et pour cela leur créer une niche affective vraie et vaste ; créer du lien avec eux de multiples façons, les encourager à exprimer leurs émotions, les aider à prendre des responsabilités ; lutter contre les ruptures affectives ; créer de la solidarité autour et avec eux ; structurer le quotidien par des rituels qui donnent sens à l'existence ; enfin inciter les enfants à pratiquer une activité sportive.
"Il n'y a aucune fatalité au passage à l'acte brutal d'un enfant : c'est la création d'un lien qui permet de contrôler l'impulsion". Alors que nous préparons Noël rappelons-nous qu'un cadeau n'a de sens que s'il est porteur de lien : "Ce qui tisse le mieux l'attachement d'un enfant, c'est l'apaisement de ses angoisses et non la satisfaction de ses besoins".
Heureusement tous les enfants insécures ne se suicident pas. N'oublions cependant jamais que la construction cérébrale d'un enfant détermine sa relation ultérieure au monde qui l'entoure et que l'hypersensibilité émotionnelle au stress quotidien est aussi un facteur de risque cardiaque.
Joyeux Noël à tous entourés de tous les enfants du monde qui sont les graines de la vie…
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haut de la pageQui a inventé la musique ? Bien malin celui qui est capable de répondre à cette question tant la musique semble faire partie de la nature humaine. Est-ce un mélomane néanderthalien cherchant à imiter le cri des bêtes, le champ des oiseaux ou le bruit du vent dans les arbres? Est-ce un lointain ancêtre de Buddy Rich ou de Kenny Clarke se mettant à frapper en rythme un bout de bois sur une pierre ? Est-ce une maman découvrant avec émerveillement que les vocalises émises par son larynx pouvaient calmer les cris de son petit ? Personne ne le sait. Peut-être la musique est-elle plus ancienne que l'être humain.
Imaginons un instant un monde sans musique. Cela est parfaitement inconcevable. La privation sensorielle en particulier de son est même une des tortures les plus efficaces. Très tôt l'homme a cherché à produire des sons harmonieux pour exprimer ses sentiments et en susciter chez les autres. La musique est intimement liée à nos émotions et à notre corporalité. Il suffit pour s'en convaincre de voir le nombre de joggeurs qui courent le casque sur les oreilles, de percevoir la sensualité érotique d'un couple dansant le tango ou encore de frémir devant l'efficacité guerrière de la musique militaire.
La musique militaire est-elle de la musique ? On peut en douter quand on se souvient qu'Aristote disait il y a plus de deux mille ans que la musique adoucit les mœurs. Depuis, de nombreux travaux de recherche, parfois extrêmement surprenants, ont montré qu'elle fait bien plus que cela.
Il est actuellement prouvé que certains types de musique ont un effet relaxant et diminuent l'anxiété. La musique est ainsi employée par de nombreuses équipes (1) pour diminuer le stress lié à une intervention ou en postopératoire comme un adjuvant antalgique. La musique agit sur notre système parasympathique (2), elle permet de diminuer la sécrétion d'hormones (adrénaline et corticoïdes) et les réactions inflammatoires liées au stress (baisse de la production de cytokines). Des chercheurs ont étudié le fonctionnement cérébral en IRM fonctionnelle durant l'écoute de partitions musicales : le cerveau réagit, en particulier dans les zones liées au plaisir, avec autant de force qu'au cours d'une relation sexuelle, qu'en mangeant un met délicieux ou sous l'effet d'une drogue (3). La relation avec les comportements de survie les plus primitifs (sexe, nourriture, plaisir) est surprenante et confirme que la musique est peut-être indispensable à l'être humain et qu'en tout cas, elle participe à son bien-être fondamental.
Les travaux sur l'influence de la musique en cardiologie sont déjà très anciens. En 1918, Hyde et Scalapino affirment que la musique en mode mineur fait baisser la tension et modifie la fréquence cardiaque. Plus récemment Bernardi de l'université de Pavie (4) montre que selon le tempo, les réactions cardiovasculaires sont très variées et qu'une musique lente provoque le même effet que la méditation en augmentant le tonus parasympathique, ce qui permet de ralentir la fréquence cardiaque, de baisser la tension artérielle et d'améliorer la variabilité sinusale. Ce chercheur confirme par ailleurs ce que connaissent bien les grands chefs d'orchestre : l'effet physique et psychique déclenché par la musique réside dans la "qualité" du silence entre les notes.
Toutes les musiques ne semblent pas avoir un effet positif sur le système cardiovasculaire. Le Hard rock et autres Heavy métal et Techno, un peu comme les musiques militaires, pourraient être néfastes. Mieux vaut pour se relaxer écouter de la musique classique ou de la musique dédiée à la méditation.
Plus surprenant encore : des biologistes se sont penchés sur l'effet de la musique ou plus exactement de certaines vibrations (la musique étant un phénomène vibratoire) sur la modification génétique (5). Même si certains travaux sont contestés, il apparaitrait que certaines parties des gènes en particulier ceux des plantes puissent être renforcées ou altérées par les sons (modification épigénétique). Imaginez, la thérapie génique par la musique !
Au terme de ce court voyage en musicothérapie, écoutons la
musique que
nous aimons, celle qui relaxe, celle qui apaise ; chantons sous la
douche, dans la voiture, dans le salon. Il n'y a aucun effet secondaire
néfaste à ce traitement naturel et qui sait peut-être aurons nous la
surprise de voir nos plantes vertes danser de plaisir.
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haut de la pageLe hasard, qui n'existe pas comme disait le génial ébouriffé Albert Einstein, fait parfois se croiser dans les journaux des nouvelles qui méritent d'être confrontées les unes aux autres un peu à la façon dont le malicieux dessinateur Plantu télescope deux évènements dans ses caricatures du journal "le Monde".
Je vous livre ainsi quelques nouvelles fraiches à mettre en perspective en ce début de mois d'octobre qui sent déjà l'automne à plein nez.
Info numéro 1 : le réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P) a publié son rapport sur les données de la santé au travail recueillies pendant dix ans par les centres de consultation des centres hospitalo-universitaires et de médecine du travail. Les résultats sont extrêmement inquiétants. Les troubles mentaux encore rares il y a dix ans représentent maintenant 22% des motifs de consultation. Les salariées de la finance ont un risque psychique multiplié par neuf. La crise ne fait pas que des dégâts financiers.
Info numéro 2 : la Fédération Française de Cardiologie vient d'effectuer un sondage auprès de 401 médecins généralistes afin de définir leur approche de la prévention cardiaque. Les résultats montrent que 98% des médecins interrogés sont très attentifs aux signes avant-coureurs de la maladie coronaire. Ils privilégient des actions sur certains facteurs de risque tels le tabac, le diabète, le cholestérol. En revanche la plupart des facteurs comportementaux ne semblent pas être une priorité pour eux ; ainsi seuls 14% évoquent l'hygiène alimentaire, 11% la sédentarité et le stress arrive en lanterne rouge des préoccupations des médecins généralistes : seuls 3% le prennent en considération.
Info numéro 3 : Une enquête de la Caisse Nationale d'Assurance-Maladie nous apprend que les Français sont les champions de l'ordonnance : 90% des consultations se terminent par une prescription médicamenteuse. Les molécules les plus demandées par les patients sont les antalgiques pour 47%, les somnifères pour 46% et les anxiolytiques pour 42%.
Additionnons maintenant ces trois informations dans la vraie vie : je suis cadre bancaire et ma hiérarchie me harcèle ; le risque que je développe un burn-out est donc très important. Cette situation psychique multiplie mon risque d'infarctus par 10 à un an. Si j'en parle à un médecin, j'ai 3% de chances qu'il considère ma situation psychique comme à haut potentiel coronarien et en revanche une chance sur deux de sortir de la consultation avec une ordonnance de psychotropes.
Les médecins et les patients ont certainement besoin d'informations sur l'importance des facteurs psychiques en cardiologie et sur les méthodes de prise en charge non médicamenteuse, mais avant de jeter la pierre aux uns et aux autres peut-être serait-il intéressant de clamer haut et fort la réalité du monde du travail : la politique de la rentabilité envers et contre tout et son corollaire, le harcèlement sous toutes ses formes, sont contre-productifs. Vous en voulez la preuve ?
Info numéro 4 : deux chercheuses suédoises ont eu l'idée de séparer les salariés d'un même employeur en trois groupes identiques. Le premier ne changeait rien aux consignes de travail antérieures, le second avait droit à une demi journée de repos supplémentaire, le troisième devait occuper ce temps de loisir additionnel à la pratique d'une activité physique. Que croyez-vous qu'il arriva ? Ceux qui travaillaient moins en faisant du sport se sentaient mieux physiquement et mentalement et étaient plus productifs (plus grande énergie au travail et moins de jours d'absence).
Mieux prendre en charge le
stress quand il existe et surtout ne pas en générer inutilement. Il y a
encore du pain sur la planche pour les employeurs, les patients, les
médecins… et Meditas-Cardio !
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haut de la pageEn partant en vacances, je m'étais promis d'écrire pour la rentrée de septembre un petit mot pour vous parler des bienfaits de la marche.
Après cette période de relâche estivale le train de la vie a repris son allure de TGV, l'été indien nous incite à poursuivre un peu le farniente. C'est donc avec un peu de retard que je me décide enfin à le faire.
Ma dernière petite fille va bientôt avoir un an et après avoir goûté aux délices de la reptation, son souhait le plus cher est de se mettre maintenant debout et de partir sur ses deux jambes à la découverte du monde. Merveille du développement cérébral qui nous fait passer en quelques mois de la dépendance gesticulante à l'autonomie du marcheur capable, s'il le souhaite, de faire le tour du monde sur ses deux pieds. La marche est un cadeau pour l'homme : elle permet une juste relation entre l'espace et le temps. Marcher, c'est visiter le monde à la vitesse de l'homme, c'est rythmer le temps à la mesure de nos pieds. La marche, mouvement pendulaire parfait, procure un bien être physique, mais c'est aussi une véritable psychothérapie.
L'être humain est une construction rythmique, depuis le vingtième jour de sa vie intra-utérine, son cœur marque le tempo. La marche nous aide à prendre conscience de cette pulsation primitive inscrite au plus profond de nos cellules.
Faites l'expérience de marcher suffisamment longtemps pour que le balancement de vos jambes vous amène progressivement à l'essentiel. La marche, loin d'être une recherche de performance sportive, nous invite alors à redécouvrir la lenteur, le plaisir de la solitude, du silence et de la rencontre avec nous-mêmes. Parfois au contraire, elle permet l'échange avec d'autres déambulateurs terrestres et dans ces conversations de chemin faisant, les mots se font plus rares, plus vrais, plus justes.
La marche est une méditation qui nous amène à voyager au centre de nous-mêmes. Elle est capable de modifier notre corps, mais aussi notre esprit en permettant la création de nouvelles connexions cérébrales. De nombreux cerveaux brillants ont utilisé la marche comme un accélérateur de leur réflexion philosophique ou scientifique. Aristote, chef de file des philosophes péripatéticiens, enseignait en se promenant ; Jean-Jacques Rousseaux écrivait en marchant ; Rimbaud a traversé l'Europe à pied en poétisant et Nietzsche n'avait aucun doute sur les bienfaits du nomadisme pédestre "Seules les pensées qui nous viennent en marchant ont de la valeur".
Il ne fait aucun doute que l'activité physique est indispensable pour être en bonne santé. Notre corps ressemble à une montre suisse des années 70 qu'il fallait secouer pour qu'elle fonctionne correctement. La marche, activité humaine par excellence, nous permet de coupler aux bénéfices physiques d'importants bienfaits psychiques. Nul besoin de matériel coûteux et sophistiqué, une bonne paire de chaussures suffit. Certains proposent même de marcher sans chaussures, quelque soit le revêtement… Pour l'instant je n'ai pas essayé. Ce sont bien entendu des marcheurs d'outre-Atlantique qui ont réinventé cette pratique ancestrale. Ils appellent cela le barefooting. Pour ma part, je préfère l'humilité du va nu-pieds.
Prenez soin de vous de la tête aux pieds…
Quelques livres de marcheurs :
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haut de la pageLe site Meditas Cardio a pour vocation de vous informer sur l'importance des facteurs psychosociaux en cardiologie. Le stress, l'anxiété, la dépression augmentent le risque cardiovasculaire et aggravent le pronostic des patients déjà atteints par ce type de pathologie.
Avoir une alimentation saine, pratiquer une activité physique régulière sans avoir obligatoirement un esprit de compétition, savoir se relaxer, méditer, s'accorder du temps personnel, autant de conseils qui relèvent du bon sens, mais qui permettent de diminuer le risque de maladies de façon très significative.
Cependant, dans le mot psychosocial, il y a social. Le risque cardiovasculaire est également influencé par de multiples facteurs sociaux : le niveau socio-économique, le soutien social c'est-à-dire la présence des amis, de la famille, du conjoint ou de la compagne. Même le sentiment religieux ou spirituel pourrait protéger nos artères.
Soyons cependant lucides : il est des chiffres qui dépendent de facteurs complexes et des situations plus faciles à changer que d'autres. Un livre passionnant écrit par Emmanuel Vigneron est paru il y a quelques semaines. Ce chercheur, enseignant à Montpellier est spécialisé dans la géographie de la santé. Ce qu'il nous révèle est très intéressant : la santé est certes influencée par nos comportements, par les soins que nous recevons, mais savez-vous qu'elle est aussi dépendante de l'endroit où nous vivons ? Ainsi, il est étrange de suivre le risque de mortalité le long de la ligne B du RER parisien. Selon que vous habitez à Gif-sur-Yvette, à proximité de la station Port Royal ou à la Courneuve, le taux de mortalité à âge équivalent est extrêmement variable. En un quart d'heure de métro la mortalité augmente de plus de 80%. Bien entendu, il ne suffit pas de déménager pour transformer radicalement cette situation de santé.
A vrai dire l'espoir de vie dépend de multiples facteurs allant du nombre de médecins à proximité de votre domicile, à votre niveau d'éducation ou votre niveau de vie. Ces constatations sont surtout vraies pour les maladies cardiovasculaires et les cancers digestifs. Tenter de modifier de telles statistiques nécessite bien entendu une participation des patients, une meilleure prise en charge de la part des soignants, mais aussi une politique de la santé publique et de l'éducation. Cela réclame de savoir privilégier le long terme plutôt qu'un résultat immédiat. Cela relève en partie d'un choix de société.
De plus en plus d'articles d'épidémiologie montrent qu'il existe une relation entre le niveau d'intelligence (le QI) et la santé. Certains auteurs montrent ainsi que le QI serait un facteur de risque cardiaque aussi puissant que le tabac. Plutôt que de polémiquer sur de tels résultats, il convient de lire attentivement ces publications et de constater que derrière ces chiffres, il existe une réalité psychosociale très complexe et que l'effet du QI disparaît quand on intègre dans ces travaux le niveau de revenu et surtout le niveau éducatif.
Il y a
10 ans déjà Eric Brunner dans un superbe éditorial résumait en quelques
mots le meilleur traitement du risque social : éducation, éducation,
éducation...
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haut de la pagePersonne n'ignore cette expression employée pour qualifier un combat entre des adversaires de forces inégales, mais connaissez-vous vraiment l'histoire édifiante du combat entre David et Goliath. On en trouve le récit précis au chapitre premier du Livre de Samuel dans la Bible.
Les Philistins et le peuple d'Israël étaient en guerre. Le champion des Philistins se nommait Goliath : il mesurait près de trois mètres de haut, portait une armure en bronze lourde de 50 kilos et terrorisait tous ses adversaires avec son épée de plus de 6 kilos. Dans la vallée d'Elah où les deux armées se faisaient face, il narguait ses ennemis tous les matins, et ceci pendant 40 jours, les mettant au défi de trouver un combattant parmi eux capable de lutter avec lui. Personne n'osait lui répondre et tous tremblaient d'effroi.
Le roi des juifs promit alors la main de sa fille à celui qui donnerait la victoire à son peuple. L'espoir était bien mince. Un jeune berger du nom de David se proposa. Manifestement ses chances d'emporter un succès étaient infimes. Il refusa toute armure et tout glaive et partit au combat armé de son enthousiasme, d'une petite fronde et de quelques cailloux ronds.
Arrivé à bonne distance de son ennemi, David fit tournoyer sa fronde et projeta un caillou entre les deux yeux de Goliath qui mourut sur le champ. Les Philistins s'enfuirent, la victoire était acquise contre toute attente.
Pourquoi vous raconter cette histoire en ce mois de juin ? Tout simplement parce que c'est cette histoire qui m'est immédiatement venue en tête en prenant connaissance de nouvelles récentes de David Servan-Schreiber. Nous savions qu'il luttait à nouveau contre la récidive d'une tumeur cérébrale. Il ne l'avait jamais caché. Avec courage il a continué à écrire pour transmettre ses messages et il vient de publier (1) un nouvel ouvrage "On peut se dire au revoir plusieurs fois" dans lequel il nous donne à nouveau une leçon de vie, de courage, d'humour et de lucidité. David Servan-Schreiber n'est pas seulement un auteur à succès (2,3), parfois injustement décrié, il est aussi surtout scientifique de haut niveau.
Nous pensons comme lui que le soin doit reposer sur une prise en charge globale à la fois physique, psychologique et sociale. Cette médecine intégrative a recours aux outils les plus sophistiqués de la technologie médicale tout autant qu'aux possibilités thérapeutiques non médicamenteuses qui ont fait la preuve de leur efficacité dans de nombreuses études.
Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un exemple de ce merveilleux petit livre de 160 pages que je vous recommande vivement : "En phase aiguë d'un infarctus, on ne met pas le patient sur un vélo et on ne lui fait pas faire de la méditation, on lui pose un stent. En revanche, s'il fait du vélo et pratique des méthodes de relaxation en complément de son traitement médical préventif, il diminuera de façon très significative son risque de récidive d'accident cardiaque".
Pendant que David lutte contre Goliath, le symbole de ce qu'il prône depuis plusieurs années vient de faire une entrée officielle assez fracassante dans l'univers médical français. La Haute Autorité de Santé vient en effet de publier un rapport d'orientation (4) sur le "Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses validées".
Que de chemin parcouru depuis quelques années. Il y a dix ans parler de médecine non médicamenteuse ressemblait au combat entre David et Goliath ; aujourd'hui il est admis qu'une activité physique régulière, une alimentation saine et une meilleure gestion psychologique sont extrêmement bénéfiques sur la santé et améliorent le pronostic de nombreuses maladies chroniques. La conclusion de ce rapport auquel Meditas Cardio a participé insiste sur le fait qu'il est indispensable de favoriser l'information sur ces méthodes non médicamenteuses auprès des patients et du corps médical. C'est ce que nous tentons de faire ici même.
David, nul ne sait si vous gagnerez votre bataille contre ce
terrible Goliath. Nous vous le souhaitons. Le combat que vous avez
entamé il y a plus de vingt ans pour développer une vision holistique
de la médecine est d'ores et déjà gagné. Merci pour tout et prenez soin
de vous.
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haut de la pageChaque mois dans ce « M'édito » nous tentons de donner avec un peu d'humour des informations scientifiques assaisonnées de quelques petits conseils de gestion du stress.
Il pourrait sembler évident que ce site soit en priorité destiné aux patients qui souffrent de stress psychosocial et souhaitent diminuer cette part du risque cardiovasculaire.
N'est-il pas urgent cependant de s'occuper également du stress des soignants ? On a en effet déjà vu de très médiocres joueurs de football devenir de fabuleux entraîneurs. Il semble en revanche délicat qu'un soignant prenne en charge la souffrance psychique d'un patient en étant lui-même en difficulté.
Depuis de nombreuses années les associations et les syndicats médicaux, en particulier de médecins généralistes, témoignent du nombre des burn-out, des dépressions, et des suicides chez les professionnels de santé. Les sujets à plus haut risque sont les praticiens jeunes, investis dans un idéal de soin, en exercice solitaire, en surcharge de travail et s'accordant peu de loisirs (1,2).
Les Anglo-Saxons et les Québécois ont depuis longtemps alerté sur le risque de burn-out des étudiants en médecine, mais en France jusqu'à présent, on savait peu de choses sur le stress des jeunes internes travaillant en milieu hospitalier. Or ce sont les médecins de demain.
Une étude récente (3) s'est intéressée au burn-out des internes des centres hospitalo-universitaires qui se destinent à la cancérologie et à l'hématologie. Il s'agit certes de spécialités difficiles, mais il est cependant probable que les résultats extrêmement inquiétants soient extrapolables aux autres praticiens-juniors. Sur un échantillon de 340 internes, 26% sont en état d'épuisement émotionnel, 35% dépersonnalisent les patients, c'est-à-dire qu'ils ne les considèrent plus comme des êtres humains et 44% présentent un tableau de burn-out. Pour pallier cette souffrance, qui n'est pas prise en charge par leur institution, ces futurs médecins avouent se refugier fréquemment dans la consommation d'alcool qui est franchement excessive pour 8% d'entre eux. Plus alarmant encore, un interne sur quatre consomme des psychotropes : anxiolytiques et antidépresseurs.
Les motifs de souffrance sont variés : charge émotionnelle, surcharge de travail, pression administrative, questions existentielles (peur de la mort ou de l'erreur médicale), demandes des patients et des familles et enfin statut du soignant (peur de l'avenir, sensation d'isolement, poids de la hiérarchie).
Ces jeunes internes souhaitent la mise en place de séances théoriques et pratiques de gestion du stress, de groupes de parole et d'entraide et demandent l'aide de leurs aînés. Ce type de programme (4) a déjà vu le jour à l'université de Laval au Québec.
Il
est grand temps que les facultés de médecine françaises et les
directeurs d'hôpitaux aient de telles initiatives. Ce serait une «
faute inexcusable » de ne pas le faire. Sinon peut-être verrons nous
dans quelques temps les patients apprendre à leur médecin comment mieux
gérer le stress et les clients enseigner au cordonnier comment
ressemeler ses chaussures… mais, au fait, répare-t-on encore
aujourd'hui les souliers ?
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haut de la pageL'être humain, comme toute espèce vivante de ce monde, est soumis à la loi du juste milieu. Ainsi les plans de tomates de mon potager ou les pivoines de mon jardin peuvent-ils aussi bien mourir par manque d'eau que d'un arrosage excessif.
Il en est de même pour la quantité de stress tolérée par notre organisme. Trop peu de stimulation conduit à un désintérêt pour le monde qui peut mener à la mort comme l'a montré le psychiatre anglais John Bowlby auprès des enfants abandonnés dans les orphelinats à la fin de la dernière guerre mondiale. A contrario un excès de stress est tout aussi mortifère car il peut aboutir par exemple au Karoschi décrit par les japonais et défini comme une mort subite survenue après un excès de travail de plus de vingt-quatre heures consécutives ou de plus de seize heures quotidiennes durant une semaine.
Des auteurs chinois, certainement pétris de Confucianisme, viennent de publier dans l'European Heart Journal de ce mois une étude (1) au premier abord surprenante, mais en fait tout à fait prévisible pour ceux qui connaissent un peu les effets du stress en cardiologie. Wenjuan Ma et ses collaborateurs ont en effet étudié les effets des cours de la bourse chinoise sur la mortalité coronarienne. Ils ont ainsi montré que le risque d'infarctus était corrélé aux fluctuations boursières, qu'une baisse brutale mais aussi une forte hausse étaient néfastes pour le cœur. La vision du spectre de la faillite ou l'exaltation d'une richesse brutale sont générateurs d'infarctus et les boursicoteurs de tout poil devraient s'en souvenir.
Une autre publication récente d'Issa Dahabreh (2) dans le Journal of the American Medical Association a retenu toute notre attention ce mois-ci, même si elle n'a aucun lien avec ce qui vient d'être dit (encore que…). Cette équipe s'est intéressée au risque d'infarctus provoqué par l'activité physique et l'activité sexuelle. Leur conclusion est formelle : il est nécessaire de s'entraîner régulièrement. Les auteurs ne s'aventurent cependant pas à donner un chiffre précis sur le nombre d'entraînements sexuels souhaitables et citent juste le chiffre pudique de trois activités physiques hebdomadaires sans préciser s'il s'agit de footing ou de gros câlins.
Tout étant question de juste mesure, ou de courbe en U comme disent les statisticiens, nous attendons avec impatience la publication des auteurs qui déterminera avec précision le nombre minimal et maximal de rapports sexuels quotidiens, hebdomadaires, mensuels ou annuels (à cocher selon votre âge) à avoir pour ne pas mettre notre cœur en danger.
En attendant je vous conseille
simplement à la vue de ces deux publications de ne pas lire les cours
de la bourse en faisant l'amour.
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haut de la pageRassurez-vous, en ce mois de Mars à l'actualité si lourde, je ne vais pas vous faire un sermon à la Bossuet même si nous approchons de Pâques.
La lecture des journaux et l'écoute des nouvelles n'incite pas à une franche rigolade et pourtant comme dans toute situation la lumière côtoie la noirceur : la joie d'un adolescent qui entrevoie la liberté pour son pays, l'admirable attitude d'un peuple à la sagesse millénaire face au danger venu de la terre qui gronde.
Dans ce catastrophisme ambiant un article (1) de Catherine Vincent intitulé « les vertus de la mauvaise humeur » paru dans le Monde Magazine du 12 mars a suscité toute ma curiosité. La journaliste y parle des travaux (2) de Joseph Forgas, chercheur en psychologie à l'université de Sydney. Ce scientifique étudie depuis de nombreuses années les performances de mémorisation de sujets selon leur humeur et il compare les joyeux aux multiples râleurs-bougons-grincheux-hargeux-teigneux et autres acariâtres. Il n'y a aucun doute : les réjouis-radieux ont de moins bonnes performances cognitives.
Serions-nous enfin confrontés à un vrai choix de société : soit nous lever tous les matins de mauvais poil en bougonnant contre tout et contre tous et avoir ainsi, le soir venu, la tête remplie de choses importantes ou, au contraire, traverser le monde avec un sourire béat au coin des lèvres et nous endormir la tête vide avec juste le néant entre nos deux oreilles.
Le choix semble cornélien. En réalité, pas tant que cela, du moins pour notre santé. Les bougons-râleurs ont le comportement des guerriers, toujours en éveil, concentrés, attentifs à la moindre chose qui pourrait les menacer. Ils se souviennent ainsi mieux de ce qu'ils ont considéré comme un danger potentiel. Les joyeux-enchantés, en revanche, se promènent dans le monde en sifflotant, la tête dans les nuages, le nez au vent et fixent moins bien les détails du parcours tout occupés à jouir de leur bonheur. Pour ce qui est des souvenirs, la balance penche, sans conteste en faveur de ceux qui se lèvent du pied gauche. Joseph Forgas oublie cependant de nous dire que les bienheureux-satisfaits tiennent leur revanche : les râleurs-hostiles meurent beaucoup plus vite (3), en particulier d'infarctus.
Faut-il pour autant conseiller aux teigneux-grincheux de faire semblant d'être de bonne humeur en arborant un sourire de façade afin d'avoir tout à la fois une grande mémoire et d'éviter l'infarctus ? Et bien non ! Cette solution est encore plus mauvaise pour eux comme le montre un travail très récent (4) de Brent Scott de l'université du Michigan rapporté dans l'Academy Journal of Management : simuler la bonne humeur est très mauvais pour le moral et vous savez tous que la tristesse augmente le risque d'infarctus.
Comment faire alors pour diminuer le risque cardiaque sans devenir pour autant un imbécile heureux ou un heureux imbécile ? Surtout ne choisissez pas entre la mémoire et le bonheur. Prenez les deux, vous en avez parfaitement le droit, il n'y a aucun règlement qui l'interdit. Cultivez votre présence au monde en toute attention en étant « ici et maintenant » dans votre vie quotidienne, souriez vraiment de la tête aux pieds et vous verrez le monde changer autour de vous et si vous vous réveillez le matin de mauvaise humeur, acceptez-le, ceci fait aussi partie de la vie. Moins vous lutterez contre votre pied gauche, plus vite il vous fera sourire. Prenez soin de vous…
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haut de la pageNous avons déjà insisté à plusieurs reprises dans cette rubrique et sur ce site sur l'importance de la dépression pour les patients atteints de problèmes cardiaques : il est parfaitement établi depuis plusieurs années que la dépression favorise la survenue d'un infarctus ou d'une insuffisance cardiaque et que, de plus, elle est un facteur de mauvais pronostic pour ces mêmes pathologies.
Une publication (1) de Hermann Nabi et de l'équipe de Mika Kivimäki dans la revue « Heart » a ainsi rappelé en octobre dernier que la dépression multipliait par 3 le risque de mortalité des patients cardiaques. Le travail (2) de l'équipe danoise de Karen Kjaer Larsen qui vient d'être publié dans le très sérieux journal « Circulation » il y a quelques jours est encore plus intéressant. En effet ces chercheurs ne se sont pas contentés de regarder le lien entre la survenue d'un infarctus et le risque de dépression, ils ont pour la première fois étudié le taux de suicide après infarctus chez des patients indemnes ou non de problèmes dépressifs ou psychologiques avant leur accident cardiaque et ceci sur une population de plus de 20000 patients sur une durée de 25 ans.
Les résultats sont sans appel : les patients victimes d'infarctus se suicident 4 fois plus que les autres. Cela est surtout vrai pour les sujets jeunes durant le premier mois qui suit l'infarctus. Cette relation est plus forte pour les patients qui présentaient des antécédents psychiatriques. La tendance se poursuit dans les années suivantes, même si elle est moins frappante. Comment expliquer ces constatations ? Des travaux expérimentaux ont montré que lors d'un infarctus, la libération de facteurs inflammatoires peut provoquer dans le cerveau limbique une destruction de l'hippocampe entraînant ainsi une dépression aigüe, facteur de risque de suicide.
Cette explication n'est pas suffisante. La dépression post-infarctus est surtout le témoin du profond bouleversement psychologique vécu par le patient. En effet, il s'agit pour beaucoup, en particulier les sujets jeunes, de la première confrontation avec la maladie et le risque de mort. L'infarctus marque alors la fin du fantasme d'une illusoire immortalité. Par ailleurs, comme l'ont montré plusieurs travaux (3) en psychologie de la santé, l'être humain, pour tenter de vivre de façon harmonieuse dans un monde apparemment absurde, se construit un univers fondé sur ses propres valeurs et se fixe des objectifs de vie conformes à celles-ci : valeurs et objectifs de travail, de famille, de loisirs, de croyances. La survenue brutale d'un infarctus remet totalement en cause cet édifice fragile créé par chacun d'entre nous. Il s'agit d'un véritable moment de chaos, une plongée dans le mystère : que vais-je devenir ? Pourquoi moi ? Quelle faute ai-je commise ? Dans cette période de grande instabilité où vie et mort sont si proches, le risque de passage à l'acte suicidaire est majeur.
L'éditorial (4) qui accompagne l'article de K.K Larsen affirme que nous avons les moyens d'éviter aux patients la double peine : le suicide après l'infarctus. R.B Williams y fait un vibrant plaidoyer pour l'accompagnement psychologique en insistant sur la prise en charge non médicamenteuse. Un tel engagement dans la revue de référence de la cardiologie mondiale nous conforte dans le bien-fondé de la démarche que nous avons engagée sur ce site.
Nous sommes tous mortels ; nous l'oublions souvent et la maladie vient parfois nous le rappeler brutalement. Comme le dit avec humour l'acteur Michel blanc : « c'est par peur de la mort que je pense au suicide ».
Notre souhait en ce début d'année est que
nous sachions proposer une aide psychologique aux patients à risque
cardiovasculaire et particulièrement à ceux qui traversent ce moment si
délicat à négocier qu'est l'infarctus du myocarde.
Références :
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haut de la pageLes temps sont propices à l'indignation. Rappelez vous, il y a bien longtemps en Avril 2009, je vous avais parlé de la colère si néfaste pour le cœur. J'avais aussi évoqué l'indignation, sa petite cousine non violente. Je ne pensais pas alors que ce mot serait en tête du hit parade des expressions du langage branché 2011.
Il a suffit qu'un vieil homme de 93 ans publie un petit opuscule de 30 pages (1) pour que ce mot soit dans toutes les bouches et que s'agitent les tenants du pour et les partisans du contre. Les premiers en appellent à une résistance, les seconds évoquent une imposture.
Que dire de l'indignation ? Tout d'abord une simple vérité : chacun sait qu'il est beaucoup plus facile de s'indigner de l'attitude des autres que de son propre comportement.
Cela dit, il est bon de rappeler qu'aucune indignation, si justifiée soit-elle, ne peut en exclure une autre tout aussi légitime et qu'il n'existe pas de mètre-étalon de l'indignation. Il faut cependant bien constater que certaines sont oubliées, que d'autres prennent le devant de la scène souvent à juste titre, mais parfois au risque d'un effet d'éblouissement masquant ainsi la complexité des situations.
Je sors ainsi de l'ombre une indignation cachée par un récent scandale de santé publique : connaissez-vous une plante médicinale cultivée depuis plus de 3000 ans, ramenée en Europe par Christophe Colomb et dont les effets toxiques sont connus depuis de nombreuses décennies ? Elle est en vente libre en France et partout dans le monde, rapporte des milliards d'euros aux firmes qui la commercialisent et aux états qui la distribuent en monopole. Ses effets secondaires sont hallucinants : chaque année 60000 morts en France et de plus de 5 millions dans le monde. Il n'y a pas de posologie fixée pour son emploi (la dose moyenne est de 20 par jour, mais certains montent à plus de 60). Les officines qui la distribuent poussent l'impudence jusqu'à la présenter dans des emballages magnifiquement « markétés » en n'omettant jamais, car la loi les y oblige, de préciser son risque mortel. Cette annonce permet bien entendu aux fabricants et aux vendeurs d'être dédouanés de toute responsabilité quand le consommateur meurt, puisque ce denier est prévenu.
Vous avez bien sûr reconnu « Nicotiana Tabacum » autrement dit le tabac, l'herbe à Nicot. En santé publique comme dans beaucoup de domaines, il ne faut pas que l'arbre même, et surtout s'il est pourri, cache la forêt.
Pourquoi parler ici du tabac. Certainement pas pour critiquer les fumeurs (je vous ai avoué le mois dernier mon addiction au chocolat). Simplement pour rappeler les liens très étroits entre le stress psychosocial et l'intoxication tabagique.
La consommation du tabac est liée au stress, à l'anxiété, à la dépression. Les fumeurs utilisent souvent leur cigarette comme moyen de gestion d'un stress aigu (conflit, colère, attente, inquiétude) ou comme récompense après un moment difficile. Les rechutes sont favorisées par la dépendance à la nicotine et surtout par des raisons psychologiques.
Dans cette période de doute sur l'innocuité de certains médicaments, il est important de rappeler que l'aide psychologique fait partie intégrante, avec les substituts nicotiniques, des moyens efficaces d'arrêt du tabac (thérapies cognitivo-comportementales, méditation, relation d'aide, hypnose solutionniste, relaxation). Un article très intéressant est sorti il y a quelques semaines dans le journal « Nicotine and Tobacco Research » : on connaissait depuis longtemps les bienfaits physiques de l'arrêt du tabac ; l'équipe de CW Kahler (2) vient de montrer que les patientsqui arrêtent leur intoxication tabagique deviennent également plus heureux et plus optimistes. Fumer ne rend pas heureux, contrairement à ce que nous affirment les publicitaires.
Alors, indignons nous haut et fort de ces 60000 morts
injustifiés et
utilisons toute notre énergie pour développer une aide psychologique
efficace pour ceux qui veulent définitivement abandonner la perverse
Nicotiana. Le seul effet secondaire sera positif, nous verrons
augmenter le CBI (coefficient de bonheur par individu)… et ça, c'est
bon pour la planète.
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haut de la pageN'ayez aucune crainte, ce mois-ci je ne vais pas vous écrire un petit édito macho et sexiste pour affirmer que seules les femmes aiment le chocolat et que cela est néfaste pour leur ligne et leur santé. Je n'oserai jamais écrire une telle contre-vérité, étant moi-même un adorateur du dieu Cacao.
Non, je voulais vous parler des femmes, puis du chocolat et nous verrons bien si je parviens à faire un lien entre ces deux propos.
Le congrès annuel de l'American Heart Association vient de se terminer il y a quelques jours à Chicago et parmi les multiples travaux qui y ont été présenté, celui du docteur Michelle Albert de Boston mérite une grande attention. En se fondant sur les données de la Women's Health Study son équipe a en effet montré que le stress au travail était extrêmement néfaste pour le cœur des femmes. Jusqu'à présent cet effet avait surtout été démontré chez les hommes.
Dans cette étude, il ne s'agit pas de femmes exerçant des professions dites à hautes responsabilités et supposées stressantes, mais de salariées comme on en rencontre des millions travaillant en particulier dans le monde de la santé. Elles déclaraient « exercer un métier soumis à de multiples pressions, avec un faible pouvoir décisionnel, peu de libertés d'action et de création »… en bref le quotidien de beaucoup d'infirmières et d'aides-soignantes. L'équipe de Michelle Albert constate que le stress entraine des effets à la fois à court et à long terme, élément sur lequel nous avons souvent insisté sur ce site. La crainte d'une perte d'emploi est associée à la survenue de facteurs de risque artériel (hypertension, surcharge de poids, augmentation du cholestérol) et après un suivi de 10 ans le risque d'infarctus est augmenté de 88% et celui de pontages coronaires de 43%.
On savait les femmes plus sensibles au stress familial, on découvre maintenant qu'elles sont à l'égal de l'homme pour la souffrance au travail. La moindre des choses, me direz vous, serait de leur reconnaître une égalité de salaire. Oh, là attention… dans notre société qui prône de façon hypocrite la parité en politique, mesdames, ne rêvez pas, n'espérez pas demain une feuille de salaire égalitaire. Vous risqueriez d'être chocolat !!! (ça y est j'ai réussi à faire le lien).
Je n'ai jamais compris l'origine de cette expression populaire qui associe le fait de se faire rouler dans la farine avec le plaisir de croquer quelques grammes de douceur chocolatée, totalement nature, plus ou moins forte en cacao, agrémentée parfois de pralines, de noix, de noisettes, d'amandes, de ganache, de pistaches, de gingembre, de raisins, d'alcool (non, ceux là je les laisse dans la boite…). Certains linguistes distingués nous expliquent que ce dicton aurait pour origine une sombre histoire de clown nommé chocolat perpétuellement ridiculisé. J'avoue ne pas trop croire à cette explication et je suis plutôt enclin à penser que depuis sa découverte les êtres humains savent que cette denrée précieuse est excellente pour la santé et constitue un petit antidépresseur naturel, en particulier quand on s'est fait berné.
Cet effet antidépresseur souvent mentionné n'est pas à ce jour prouvé. En revanche, les bénéfices du chocolat sur les artères coronaires semblent de plus en plus convaincants. Dans plusieurs études, dans lesquelles malheureusement je n'ai pas été inclus, il est montré que la consommation raisonnable de chocolat provoque un effet bénéfique sur le développement de l'athérome. Cet effet n'est certes pas majeur et la consommation doit rester modérée (quelques morceaux de chocolat noir par semaine). Les « accros » de mon espèce ne peuvent donc pas trouver dans ces travaux une légitimation à leur penchant coupable.
Par ailleurs il n'est pas question à l'approche des fêtes de fin d'année de penser qu'une faible consommation régulière peut être compensée par une grande orgie chocolatée le soir du réveillon afin de rattraper le retard. Ne cherchez pas à m'adoucir avec une boîte de pralines… Je resterai inflexible : le gourmand ne viendra pas à bout du scientifique. Ne soyez pas gloutons mais plutôt esthètes. Profitez donc du plaisir subtil d'un bon morceau de chocolat pour faire un peu de méditation en pleine conscience et vous faire le cadeau d'un vrai moment de présence.
En cette fin d'année, mesdames, prenez grand soin de vous et ne vous laissez pas épuiser par le stress au travail. Quant à vous messieurs vous avez le droit d'offrir à votre entourage féminin quelques friandises cacaotées… cela sera bon pour les coronaires de vos compagnes et aussi pour les vôtres (n'en profitez pas pour lui piquer toute la boite).
A l'année prochaine et… prenez tous soin de vous, car, n'oubliez jamais, vous êtes unique et vous le valez bien !!!
Meditas Cardio vous souhaite un joyeux Noël et de très bonnes fêtes de fin d'année.
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haut de la pageLes mois d'hiver ont commencé (même si nous sommes encore en automne) avec leurs jours plus courts, leur ciel plus bas, leur soleil plus rare et cette envie de nous recroqueviller parfois au coin du feu…
L'autre jour, une vision singulière m'a brusquement sorti de cette relative hibernation : le père Noël était accroché à la façade d'un grand magasin. Il était totalement immobile, tel un alpiniste surpris en plein hiver par la tempête sur la face nord du Cervin. Il cherchait manifestement à reprendre des forces, à se refaire une santé avant de poursuivre sa course. Je me demandais alors s'il était dans l'ascension ou dans la descente souvent plus dangereuse. Ma question resta sans réponse. Le soir, repassant au même endroit, il était toujours là, dans la même posture. Le lendemain, le surlendemain et les jours suivants, il n'avait pas bougé d'un iota et il n'avait même pas pris la peine de se glisser dans un sac de couchage pour mieux se reposer.
J'entrepris alors de rester devant la porte de ce grand magasin pour vérifier les horaires de travail de ce père Noël alpiniste et quelle ne fut ma surprise de constater que cet homme travaillait vingt quatre heures sur vingt quatre : il ne bougeait pas, mais était présent à son poste sans discontinuité. Un bref instant, j'ai pensé alerter les syndicats pour cette atteinte manifeste au droit du travail, puis j'ai décidé de m'adresser à mon collègue de médecine du travail. Ce dernier comprendrait immédiatement que, si la situation perdurait, le père Noël risquait de faire un Karoshi (vous savez bien, ce tableau de mort subite décrit par les Japonais chez des salariés travaillant plus de 16 heures par jour). Il me semblait dommage que le père Noël meure ainsi sans l'hommage dû à son rang à six semaines du 24 décembre.
Et là j'ai soudain réalisé : que fait donc le père Noël sur cette façade, chargé comme un déménageur au début du mois de Novembre ? Est-il victime d'une précarisation de sa fonction ? Doit-il lui aussi travailler plus pour espérer ne pas gagner moins ? Est-il relié à un GPS qui indique en permanence sa position afin de vérifier qu'il ne badine pas avec l'itinéraire qu'on lui a imparti ? Est-il contraint de commencer sa tournée beaucoup plus tôt dans l'année en raison des objectifs irréalisables qu'on lui a imposés ? Est-il menacé par une lente déshumanisation de son activité ? A-t-il choisi personnellement de travailler plus lentement pour tenter de conserver ce temps d'échange avec les autres, même si le Boss lui a affirmé que tout cela était dépassé et qu'il fallait maintenant faire du chiffre ? Le cœur du père Noël était il menacé par ce stress professionnel majeur ? Fallait-il lui proposer de faire quelques séances de gestion du stress ?
J'étais perdu dans cet océan de questions, quand je levais les yeux et je vis que non seulement le père Noël faisait de l'alpinisme depuis plus de huit jours sur cette façade mais, qu'en plus la rue était entièrement illuminée de guirlandes et le lampions sur lesquels étaient inscrit : « Joyeux Noël et bonnes fêtes ».
Morale de l'histoire. Le père Noël a, je l'espère, encore de beaux jours devant lui : la preuve, j'y crois encore ! Je crois en effet qu'il est possible à chercher à vivre la vie le plus souvent au moment présent comme nous l'enseigne la méditation en pleine conscience. Noël, temps des cadeaux, temps des présents, temps du partage aura lieu cette année encore le 25 Décembre et non le 10 Novembre comme voudraient nous le faire croire quelques vendeurs de biens consommables.
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haut de la pageIl y a presque deux ans, le site Meditas Cardio a ouvert ses portes. Il est le porte parole du projet Meditas Cardio qui avait pour but d'étudier la possibilité de prise en charge du stress psychosocial dans une population de patients à risque cardiovasculaire. Ce projet a demandé quatre ans d'effort depuis son initiation jusqu'à la sortie des résultats.
Au-delà des chiffres qui montrent l'impressionnante efficacité de cette démarche, c'est surtout l'émotion et le partage qui étaient au rendez-vous lors de la réunion de publication des résultats le 2 Octobre.
Constater que les patients ont amélioré leurs connaissances, que les niveaux de stress, d'anxiété et de dépression ont baissé de façon significative, que 73% des patients ont diminué ou arrêté leurs médicaments psychotropes, qu'un processus de changement a été amorcé pour améliorer la diététique, diminuer l'intoxication tabagique et la sédentarité, tout cela est très bien mais au-delà de ces résultats bruts, c'est l'intensité de l'expérience vécue qui apparaît.
Certains ont plus que d'autres adhéré à cette démarche nouvelle, mais la réussite du projet tient surtout dans les témoignages de vie.
Témoignages d'action d'un patient qui s'approprie le processus et parvient à mettre sur pied des ateliers de relaxation, de tel autre qui développe la gestion du stress dans le monde de l'entreprise. Témoignage de changement pour celui qui, pétri d'humour, a compris que ce n'est pas le monde qu'il faut changer, mais notre propre vision du monde. Témoignage de bouleversement pour celui qui ose choisir ce qui lui convient vraiment et met en accord sa vie avec ses valeurs fondamentales.
Brigitte Sandrin-Berthon a écrit « en éducation thérapeutique on ne sait plus qui éduque qui ». Quand il y a rencontre vraie entre deux personnes, il y a échange. Échange, cela signifie que les patients inclus dans le programme ont reçu, mais que les médecins et les psychologues ont aussi beaucoup reçu.
Merci donc à tous les patients qui ont accepté de participer à ce programme, qui nous ont fait confiance et nous ont donné plus qu'ils ne l'imaginent.
La publication des résultats du programme Méditas Cardio ne marque pas la fin d'un processus, mais plutôt le commencement d'une nouvelle aventure, afin de faire fructifier ce qui a pu être découvert et échangé durant cette aventure passionnante.
Encore merci à tous les acteurs de ce projet, à nos partenaires financiers sans lesquels Meditas Cardio serait resté un souhait et non une réalité.
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haut de la pageNous avons déjà évoqué à plusieurs reprises dans cette rubrique la notion d'empathie, en particulier en parlant de nos proches cousins, les grands singes et de leur capacité d'altruisme que nous avons tant de difficultés à faire nôtre.
Mais au fait comment définir l'empathie et que savons-nous à l'heure actuelle de cette disposition que nous ne partageons pas tous de façon équivalente ?
Le mot « Empathie » a été inventé il y a plus de 100 ans par le philosophe Richard Vischer pour désigner le mode de relation esthétique d'un sujet avec une œuvre d'art. Par la suite Théodore Lipps introduisit la dimension affective qui a perduré dans la conception actuelle de l'empathie : un état émotionnel donné chez un individu déclencherait de façon automatique ce même état émotionnel chez un observateur.
Le mot a été formé à partir des racines grecques « en » et « pathos » qui signifient « à l'intérieur » et « souffrance ». Il exprime qu'il est possible de comprendre la souffrance de l'autre. Cette « compréhension » est bien différente de la sympathie qui par ses origines étymologiques signifie « souffrir avec ».
Dans la pratique, sur quoi repose cette compétence ? Nous le savons maintenant de façon beaucoup plus précise, en particulier grâce aux progrès des neurosciences.
La découverte des neurones miroirs par l'équipe italienne de Giacomo Rizzolatti a révolutionné la conception de l'empathie : de quoi s'agit-il ? Ce chercheur a mis en évidence que lorsque nous regardons quelqu'un vivant un événement ou une émotion, s'activent à l'intérieur de notre cerveau les mêmes neurones que dans le cerveau de celui qui vit réellement la situation. Par exemple quand nous regardons un funambule sur un fil, nous bougeons presque autant que lui. Cette faculté, nommée résonance émotionnelle, survient très tôt dans la vie. Vous pouvez l'expérimenter facilement en tirant la langue ou mieux en faisant un grand sourire à un bébé de quelques mois.
La résonance émotionnelle ne résume cependant pas l'empathie car si elle permet de vivre l'émotion en direct, elle ne permet pas de la comprendre. Vers l'âge de 3 à 4 ans dans le cerveau des primates et des humains se développe au niveau du cortex préfrontal la possibilité de se représenter l'émotion d'autrui en mobilisant une capacité à se représenter soi-même comme distinct de l'autre : c'est ce qu'on nomme l'inférence émotionnelle. Il ne s'agit plus seulement d'une résonance par l'activation de neurones miroirs, mais bien d'un processus d'imagination qui nous permet de comprendre l'émotion de l'autre même sans l'avoir vécu soi-même : je suis distinct de l'autre mais je peux entendre par exemple la souffrance d'une mère qui a perdu un enfant.
Comme le dit le psychiatre Robert Friedman « ce qui importe pour comprendre les sentiments d'autrui, ce n'est pas d'avoir vécu la même expérience que lui, mais d'être capable d'imaginer ce que ce serait de la vivre». Nicolas Danziger, neurologue à Paris, travaille sur cette capacité imaginaire en étudiant l'empathie chez des patients souffrant d'une affection qui les rend insensibles à la douleur. De façon paradoxale ces sujets ont développé une plus grande capacité d'empathie et il ajoute : « pour être humain, profondément humain, il faut donc une bonne dose d'imagination ».
Nous ne sommes donc pas égaux pour l'empathie, car si nous possédons tous des neurones miroirs, nos possibilités imaginatives sont variées et parfois faibles. Des travaux récents comme ceux de Jean Decety montrent que les soignants et, en particulier, les médecins sont moins empathiques qu'une population témoin. Ceci s'expliquerait par un mécanisme de protection contre un risque d'émotion trop envahissante : moins d'empathie serait utile dans les situations où l'efficacité technique doit être privilégiée. Les soignants savent combien il est difficile de s'occuper médicalement d'un proche.
Ressentir, imaginer, tels sont les piliers de l'empathie en prenant toujours bien garde à se considérer comme distinct de l'autre et en sachant trouver la juste mesure : comme vient de le rappeler Hélène Riess dans le JAMA, le manque d'empathie entraîne pour les soignants un risque d'insatisfaction professionnelle, d'addiction en particulier alcoolique, de suicide alors qu'un excès d'empathie mal comprise (face à l'autre je m'oublie) conduit au burn-out et à la dépression.
Développons notre empathie pour le plus grand bien de tous, mais n'oublions jamais : prenons soin de nous.
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haut de la page« C'est incroyable à quel point son cancer a été une source extraordinaire de grandissement, d'ouverture à l'autre ». Cette réflexion étonnante, voire choquante pour beaucoup, vient d'être faite par un très proche de Bernard Giraudeau décédé il y a quelques jours. Un proverbe arabe nous apprend qu'un homme qui nous quitte c'est comme une bibliothèque qui brûle. Bernard Giraudeau était une très grande bibliothèque. C'était un grand voyageur, un excellent acteur, un très bon écrivain, et pourtant il affirmait que c'est le cancer qui lui avait fait découvrir la réalité du monde, l'amour des autres et l'acceptation de lui-même. Chemin incroyable d'un rebelle assoiffé de vie, perpétuel insatisfait, qui commence son parcours en faisant le tour du monde en bateau, pour le terminer en vivant son rôle le plus juste et le plus émouvant sur le site internet « la maison du cancer » (1) et en enregistrant des séances de méditation en pleine conscience pour le dernier livre de Jon Kabat-Zinn (2).
La maladie, outil de croissance de l'être humain, quel propos périlleux ! Le risque de déraper vers une louange de la souffrance est toujours menaçant, mais dans le cas présent il n'est pas question de se mortifier, de glorifier la maladie, de la souhaiter, de penser qu'elle est un passage nécessaire. Il nous est seulement demandé de prêter une oreille attentive, non pas à des élucubrations de philosophe de salon en pleine santé, mais à la parole des patients, pas tous célèbres, qui nous tiennent le même discours ancré dans la réalité : « si vous saviez tout ce que la maladie m'a appris ».
Ces malades que nous côtoyons ne sont pas dans le déni, ils reconnaissent leur part souvent destructrice de souffrance et de doute quotidien, mais en même temps ils nous font part d'un mystère qui ne cesse de les étonner eux-mêmes et leur entourage. Les Thérapeutes d'Alexandrie (3) qui étaient des moines-médecins au début de l'ère chrétienne savaient bien que l'homme a parfois besoin de frôler la mort ou de se confronter à elle pour apprécier le caractère précieux, fabuleux, enthousiasmant de la vie et que l'être humain peut apprendre de sa maladie.
Cette part de mystère dans la possibilité de « grandissement » d'un patient malade met parfois mal à l'aise l'entourage proche qui ne reconnaît plus l'autre et également le soignant rationnel qui ne comprend pas ou n'écoute pas ce qui est exprimé.
Que nous soyons les proches ou les soignants de ce malade, sachons nous taire, faire silence, écouter : l'autre n'attend aucune réponse de notre part, tout simplement parce que la réponse est déjà en lui et qu'il attend simplement une rencontre humaine pour la découvrir, c'est-à-dire enlever le voile qui la recouvrait.
Le philosophe Yvan Amar dans son livre « l'effort et la grâce » exprime parfaitement ce souhait d'écoute silencieuse (4). Cet homme connaissait bien la maladie chronique puisqu'il est mort d'insuffisance respiratoire en 1999 à l'âge de 49 ans, les yeux grands ouverts comme l'a écrit Marie de Hennezel dans le livre (5) qu'elle lui a consacré. "Si quelqu'un me guérit et me retire mon mal, j'entends aussi qu'il me hisse au niveau de conscience que j'aurais atteint si j'avais moi même résolu ce que ce mal devait m'apprendre. Sinon, s'il me laisse dans le même état de conscience après m'avoir retiré mon mal, il me vole l'outil de croissance que peut être cette maladie. ».
Pour Jean-Yves Leloup, le thérapeute au sens primitif du mot n'est pas supposé savoir, mais supposé écouter. Ecouter, c'est renoncer à répondre à une question qui semble nous être adressée, mais qu'en réalité le patient se pose à lui-même. En éducation thérapeutique, sachons donner assez d'écoute au patient pour qu'il puisse guérir au sens où l'entendaient les premiers thérapeutes : « guérir, c'est dénouer ses liens pour devenir vraiment soi-même. ».
Le docteur Meditas vous souhaite de bonnes vacances et vous
retrouve en septembre…
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haut de la pageNon, il ne s'agit ni d'une faute d'orthographe ni d'un éditorial commandité par la SNCF, mais bien du Care, du vrai, pas celui qui a agité le monde politique il y a quelques semaines avant que le chaos médiatico-politico-sportivo-scandalo-juridico-économique (vous pouvez intervertir les propositions) ne l'engloutisse complètement.
Le Care primitif est né il y a bien longtemps ; plus précisément dès que les animaux ont eu assez de cerveau pour développer un peu de compassion et d'empathie afin de s'entraider (les éléphants, les dauphins, les grands singes le font…). La langue anglaise a l'avantage d'être très concise et de pouvoir exprimer en un seul mot des idées complexes que nous devons formuler en français en plusieurs phrases. Le Cure, c'est l'acte de traiter pour obtenir une guérison si possible définitive. Les soignants que nous sommes ont surtout été formés à cet aspect de la médecine et se sentent démunis devant la maladie chronique et inguérissable qui demande du Care. Le Care, c'est prendre soin dans un but préventif, mais aussi pour soulager, pour aider, pour accompagner.
Les médecins, et plus généralement les soignants peuvent le faire, mais de plus en plus de non soignants sont amenés à s'investir plus ou moins volontairement dans ce type de prise en charge. Il peut s'agir d'une personne faisant partie d'une association d'aide à domicile, d'un bénévole rendant visite aux personnes malades et surtout des conjoints de malades chroniques. Les anglo-saxons appellent ces soignants dans le couple, des « caregivers » c'est à dire des donneurs de soins. Ils donnent du soin et souvent donnent beaucoup d'eux-mêmes, parfois trop et cela les fait souffrir.
Cette souffrance est rarement évoquée en France et pourtant c'est un motif de plainte très fréquent en consultation pour le couple dont l'un est malade (cancer, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral, maladie d'Alzheimer). On savait déjà que le tableau d'épuisement du Burn-Out avait été décrit la première fois chez des bénévoles ayant des fonctions dans les associations caritatives. On sait maintenant que les donneurs de soin dans le couple s'exposent à de graves soucis de santé, en particulier au risque d'accident cardiaque pour les femmes (1). Une étude récente nous montre que ce risque cardiaque est favorisé par une altération de la fonction endothéliale qui marque l'étape initiale de l'athérome (2).
Cette situation de « Caregiver », non désirée, permanente, solitaire, expose en effet au risque d'épuisement, de colère, de culpabilité, d'anxiété, de dépression, c'est-à-dire à beaucoup des ingrédients psychosociaux favorisant l'infarctus.
Donc Gare au Care : prendre soin de
l'autre fait partie de notre humanité, mais il faut parvenir à le faire
en continuant à prendre soin de soi-même. Sachons nous aussi demander
de l'aide aux autres quand cela est nécessaire. A quel moment ? C'est
simple à ressentir : quand nous sommes fatigué, que la personne que
nous soignons nous énerve, et que nous nous sentons en même temps
coupable d'être irritable. Ces signes d'alerte nous indiquent que notre
santé est en danger, ceci aussi bien pour les caregivers bénévoles que
pour les donneurs de soins professionnels. Ne l'oublions jamais :
prendre soin des autres, c'est aussi prendre soin de soi.
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haut de la pageRassurez-vous, je ne vais pas vous parler de la crise grecque, de la chute de l'euro, du volcan qu'on refuse d'appeler par son imprononçable nom et qui, pour nous punir de cet affront, risque de perturber à nouveau le trafic aérien pendant les vacances d'été, de la pollution du delta du Mississipi par une marée noire qui sent le dollar à des kilomètres à la ronde, du temps de ce mois de Mai qui nous pourrit les articulations et ne favorise pas la remontée de notre taux de vitamine D, du mondial de foot qui aux dires des spécialistes (dont je ne suis pas) risque de se limiter pour l'équipe de France à un court séjour dans un palace luxueux …allez j'arrête, ça suffit la coupe (du monde) est pleine…
Dans cette morosité ambiante, une nouvelle m'a réjoui le cœur. Sans doute avez-vous remarqué mon intérêt pour nos amis les grands singes, en particulier, les chimpanzés dont les comportements nous invitent quotidiennement à la plus grande modestie. Pour certains, la capacité de raisonnement, la parole, l'usage des outils seraient la manifestation de l'humanité. D'autres vous diront que c'est la conscience de la mort qui marque la limite entre les humains et le reste du monde animal. Bernique… c'est faux. Une équipe associant des chercheurs anglais, portugais, japonais a rapporté des observations mentionnant chez les chimpanzés des attitudes très proches du comportement humain à l'approche de la mort (soins, caresses, toilette, silence, éloignement du groupe afin de laisser la descendance directe veiller le mourant dans ses derniers instants). Certains, de nature pessimiste, vous diront : « Mon Dieu, mais que va-t-il nous rester si les singes se mettent à être plus humains que certains humains. Bientôt, ils organiseront des matchs de foot et se mettront à spéculer sur la valeur de la banane et ça fera encore faire baisser l'euro ». Pour ma part, je ferais plutôt partie des optimistes réalistes et je suis heureux de voir nos cousins nous rappeler le meilleur de l'Homme : l'empathie, l'entraide, la douceur, le respect même dans les moments les plus difficiles.
Ne croyez cependant pas que mon attitude soit désintéressée : je suis comme le plus vénal des traders, j'attends que mon comportement résolument optimiste me rapporte beaucoup. Je vous donne le super tuyau boursier de la semaine et surtout ne le gardez pas pour vous. Bien sûr, il s'agit plutôt d'un placement de père famille, ne vous attendez pas à doubler la mise en quelques secondes comme le font certains financiers fous. Je vous garantis cependant un placement à 22% à 10 ans : c'est le taux de diminution des accidents cardiaques pour les patients optimistes comme vient de le montrer pour la première fois l'équipe canadienne de Karina Davidson.
Investissez massivement dans l'optimisme, ça demande juste un peu d'effort au quotidien car la vie n'est pas toujours simple, mais au bout du compte (de la vie) ça peut rapporter gros… quasiment le bingo, même si la valeur n'est pas encore cotée au CAC 40. Elle risque de le devenir si nos amis les singes Bonobo dirigent un jour le monde…
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haut de la pageIl arrive un moment où l'être humain admet avec beaucoup de difficultés que l'éternité ne lui a jamais été promise et qu'il faut bien quitter ce monde un jour ou l'autre d'une façon ou d'une autre… en mourant de rire ou de colère comme nous l'évoquions le mois dernier.
Evidence, truisme, lapalissade peut-être, mais parfois en lisant certaines études médicales on se prend à rêver ou à s'interroger quand un auteur affirme sans sourire que grâce à telle intervention médicamenteuse non seulement la mortalité cardiaque baisse (ce qui est excellent) mais la mortalité globale également (ce qui est sans doute juste momentanément mais présomptueux quand on connaît le destin de l'être humain).
Un jour je m'étais permis de demander si diminuer la mortalité globale signifiait que je risquais de ne pas mourir complètement ou si au contraire certains pouvaient prétendre à la vie éternelle (qui comme chacun sait est très longue surtout à la fin…). Je n'ai pas obtenu de réponse et j'ai été pris pour un esprit rebelle à toute considération épidémiologique de haut niveau.
Mis à part ces propos dignes d'un comptoir de bistrot, il faut admettre que faire de la prévention efficace n'est pas chose aisée et qu'il faut la laisser à des gens sérieux : aucune action n'est négligeable, certains préfèreront agir juste avant notre mort pour nous donner droit à un nouveau petit tour de manège et d'autres prendront le problème à la base, presqu'au berceau.
Ainsi une enquête très sérieuse a mis en évidence une surmortalité cardiaque importante dans plusieurs établissements de Lugano où de séduisantes hôtesses faisaient commerce de leurs charmes auprès de clients venant de la rive italienne du lac (1). Plutôt que de risquer un conflit international, 38 directeurs de ces lieux de rencontre ont donc généreusement offert à ces dames une formation complète à la réanimation cardiaque et au maniement du défibrillateur. Bien entendu ils n'ont pas omis de leur rappeler que le bouche à bouche n'était plus de rigueur et qu'il fallait surtout masser avant de défibriller. Les résultats sur la mortalité cardiaque et globale sont attendus avec impatience !!!!
Plus sérieusement, il faut citer une idée japonaise absolument géniale (j'espère que les ingénieurs qui l'ont eu n'ont pas été trop stressés par leur hiérarchie). De quoi s'agit-il ? Chacun sait que nos enfants et petits enfants (et pas seulement eux) ont une fâcheuse tendance à rester les fesses vissées sur leur chaise devant leur ordinateur ou leur console de jeu. Un grand fabriquant a eu l'extraordinaire idée de fabriquer une console qui se recharge à l'aide d'un podomètre (2). Sans activité de marche, impossible de jouer, c'est simple mais il fallait y penser. Imaginez qu'il faille aller marcher pour recharger nos ordinateurs… « Chéri je sors marcher, je n'ai plus de batterie »
Pour ceux qui voudraient relier ces deux aspects extrêmes de
la prévention cardiaque on peut bien entendu imaginer de recharger les
défibrillateurs mis à la disposition de ces dames grâce à l'activité
physique… par exemple la marche.
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haut de la pageNous voilà déjà en Mars 2010. Nous sommes parvenus à la phase finale de l'évaluation du Projet Meditas, encore quelques semaines et les résultats définitifs seront disponibles. Les conclusions statistiques sont froides et dépourvues de cette chaleur humaine qui fait la richesse de la vraie vie… alors un peu de chaleur dans cet hiver tumultueux.
A la fin des questionnaires d'évaluation nous avions laissé une partie de texte libre afin que chacun puisse, selon son désir, exprimer son expérience et ajouter du vécu à ce projet d'éducation thérapeutique. Les réponses sont bien entendu anonymes et c'est la raison pour la quelle nous nous permettons de citer une réflexion d'un patient : « ce programme m'a permis d'avoir un outil permanent face au stress. C'est un médicament pour moi et j'essaie d'en abuser ».
Il serait facile de disserter sur le sens des mots médicament, médecin, remède, si proche de medium et d'intermède. Il serait également passionnant de parler de l'absence d'effets secondaires de la relaxation. Intéressant mais il faut laisser de la matière pour de futurs éditoriaux et au présent je préfère m'abandonner au plaisir joyeux d'avoir lu un tel commentaire.
La joie de ressentir qu'un être humain a découvert un moyen de progresser sur son chemin de vie, qu'il a osé franchir une porte. Oser, avoir confiance, parler en son propre nom, devenir autonome, c'est à dire trouver sa propre loi au travers de la transmission d'un savoir, allier son propre savoir être au savoir médical tel est le but d'un programme d'éducation thérapeutique pour le patient. Le médecin dans cette aventure devient alors un accompagnateur, une intermède, un catalyseur : il ne sait pas vraiment où le patient va parvenir et il chemine en même temps que lui. Chacun s'enrichit de l'expérience de l'autre et parfois en éducation thérapeutique on ne sait plus qui éduque qui ?
Cette façon d'envisager la médecine demande cependant beaucoup de respect. Respect du médecin envers le patient, respect du patient envers le médecin. Demander aux médecins de changer leur façon de faire, d'envisager le patient comme un acteur de sa santé et se mettre au même niveau, de prendre soin dans un rapport horizontal d'égalité et non vertical de domination est très difficile.
Cela demande beaucoup de confiance et c'est la raison pour laquelle depuis quelques semaines je baigne dans un lac d'incompréhension totale. Comment le principal dirigeant du collectif représentant les patients (CISS) a-t-il pu insulter de la sorte des médecins libéraux ? Sans doute y avait-il un calcul politique caché derrière ce propos. Il n'en reste pas moins vrai que je comprends mal ce discours dans la bouche de quelqu'un qui a contribué à l'instauration de l'éducation thérapeutique en France. Monsieur S…, dois-je prononcer votre nom et votre rapport quand on me demande de convaincre des médecins de faire de l'éducation thérapeutique ? Il paraît que vous êtes taquin, moi aussi : vous avez joué un très mauvais tour aux médecins libéraux qui sont comme nous persuadés que l'éducation thérapeutique est l'avenir de la Médecine.
En vérité nous savons bien que les hommes sont souvent beaucoup plus petits que les causes qu'ils défendent ou disent défendre et à titre personnel nous vous pardonnons cette saillie. Pardonner est indispensable pour qui ne souhaite pas stimuler de façon inutile son amygdale et risquer par là même d'augmenter son risque d'infarctus par une colère inutile. Nous tenions cependant à vous faire part de notre incompréhension car une étude récente vient de montrer que dans le couple les épouses qui ne parlent pas de leur ressenti à leur conjoint multiplient le risque de pathologie coronaire par 3.
Certains pourront rétorquer que je ne suis pas une femme et qu'heureusement pour moi nous ne sommes pas mariés… mais si jamais l'improbable se produisait, j'aimerais bien que vous me promettiez devant le maire de ne pas être trop macho avec moi et que vous cessiez d'utiliser ce que vous appelez de l'humour et qui ressemble à s'y méprendre à de la méchanceté… Mais je réalise… si vous êtes sur notre site c'est sans aucun doute parce que vous souhaitez vous inscrire à notre programme ?
« Maintenant, Monsieur S, respirez calmement… expirez lentement et souriez et même LOL comme disent les jeunes accros du SMS en pensant à la satisfaction de cet homme qui use et abuse de la relaxation… et voilà c'est aussi simple que ça… et en plus ça peut rapporter gros… presque autant que… non là j'arrête, je vous taquinais. »
Ps : pour les nuls des SMS,
LOL signifie "Laughing out loud" c'est à dire : mort de rire. Ce qui
est toujours mieux que mourir de colère… encore que mourir c'est
toujours mourir… on en reparle le mois prochain.
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haut de la pageIl y a un mois la terre a tremblé en Haïti et à ce jour le bilan est hors de l'entendement.
Nous n'avons pas évoqué cette catastrophe dans le dernier éditorial pour ne pas succomber à l'immédiat émotionnel. Ce drame nous montre encore une fois que la mort et la vie ne sont pas deux éléments distincts si faciles à séparer. Une pulsion de vie extraordinaire accompagne toujours un moment de désolation extrême. La vie et la mort sont intimement liées, Eros et Thanatos sont les deux faces du vivant.
Près de 220000 victimes ont péri écrasées sous les décombres. Lors de ce séisme, un nombre non négligeable, à jamais inconnu, d'êtres humains est mort de peur, en raison de la survenue d'un infarctus, d'une mort subite par troubles du rythme ventriculaires ou par asystolie qu'il s'agisse de patients connus ou non comme cardiaques.
Plus de 8 jours après la première secousse, alors que les sauveteurs commençaient à abandonner les recherches, un nourrisson âgé de 3 semaines a été extrait vivant d'une anfractuosité. Une adolescente de seize ans a survécu à plus de 15 jours d'enfouissement. Malgré cette catastrophe les haïtiens sont unis, se regroupent, chantent, prient et retrouvent confiance en la vie.
Par quels mécanismes biologiques un nouveau-né sans défense, sans eau, sans nourriture est-il capable de survivre ? Par quels ressorts psychologiques une jeune fille trouve-t-elle assez de ressources en elle pour ne pas s'abandonner à la mort, par quels liens sociaux des êtres humains, déjà marqués par la précarité de leur existence, font-ils face à tant de malheur ?
Bien sûr il existe quelques réponses scientifiques à de telles questions. Nous devons cependant admettre que parfois la réalité de vie est plus étonnante que tout ce que nous pouvons imaginer. Nous avons ainsi tendance à penser que nos capacités d'adaptation ont été mises en place au cours de l'évolution des espèces pour privilégier la survie de l'individu, c'est le fameux « struggle for life », un combat permanent pour notre propre survie souvent au dépens de celle des autres. Il n'en est rien, cette volonté de survie egocentrique de l'individu n'est qu'une facette de l'être humain ou plus exactement du monde animal.
Frans de Waal, éthologue et professeur de psychologie à Atlanta aux États-Unis vient d'écrire un livre intitulé « L'âge de l'empathie, leçons de la nature pour une société solidaire » dans lequel il cite des observations animales qui éclairent d'un jour nouveau la nature de l'être humain : des chimpanzés sont capables de lécher les plaies de congénères attaqués par des léopards et de ralentir l'allure de la fuite pour que les blessés ne soient pas isolés. Ils sont capables également de se priver de nourriture, si cet apport d'aliment provoque souffrance ou privation pour un de leurs semblables. Ces exemples ne se limitent pas aux chimpanzés, on rencontre ce type de comportement pour de nombreuses espèces plus éloignées de l'homme : les oiseaux, les serpents ou les éléphants.
L'adaptation de l'être humain pour survivre est loin d'être une réaction monolithique et univoque. Elle repose sur un triptyque biopsychosocial. Elle associe des capacités biologiques insoupçonnées, des réactions psychologiques de compétition et parfois d'agressivité, mais aussi une disposition naturelle à l'empathie, à l'altruisme et à la compassion. Une catastrophe comme celle survenue en Haïti, nous rappelle que le véritable objectif de l'adaptation n'est pas de survivre pour soi-même, mais de survivre pour vivre ensemble. Survivre pour une société solidaire : telle est la grande leçon que nous donne le monde animal.
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haut de la page PS : ce
petit mot du mois n'a bien entendu aucun rapport avec une
quelconque actualité nationale ou internationale récente…!!!
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